Séparations parentales : Marie-France Carlier appelle à ne pas laisser l’enfant devenir une arme au service d’un parent

Présente au colloque international du 1er octobre 2026 à Sierre, la juge belge Marie-France Carlier défend une autre manière d’accompagner les séparations : le consensus parental. Dans un entretien au Nouvelliste, elle explique pourquoi la rapidité de la prise en charge, la coopération des professionnels et l’écoute de l’enfant doivent guider les pratiques.

« Il ne faut pas laisser l’enfant devenir une arme au service d’un parent. » L’avertissement de Marie-France Carlier donne le ton de l’entretien accordé au journaliste Justin Grept, publié dans l’édition du Nouvelliste du 10 octobre 2026. La magistrate y décrit une méthode qu’elle a mise en place dès 2012 dans sa juridiction belge et dont elle a accompagné l’adaptation en Valais.

Son déplacement s’inscrivait dans le colloque consacré à l’accompagnement de la séparation parentale et à la protection de l’enfant, organisé à la HES-SO Valais/Wallis par le Service cantonal de la jeunesse et le Service social international – Suisse. Le programme prévoyait une intervention de la juge de Dinant avec l’avocate et médiatrice Bee Marique sur les expériences précurseures des tribunaux de la famille.

Sortir de la logique du parent gagnant

Le consensus parental part d’un changement de perspective : organiser la séparation autour des besoins de l’enfant. Dans son entretien, Marie-France Carlier récuse une logique judiciaire dans laquelle la victoire de l’un des parents se construirait sur la défaite de l’autre. À ses yeux, l’objectif est que l’enfant puisse conserver des liens avec ses deux parents.

Cette approche transforme aussi la manière de travailler. Les avocats sont invités à accompagner leurs clients dans la recherche de solutions et à leur expliquer que certaines demandes peuvent porter préjudice à leur enfant. Les juges doivent consacrer davantage d’attention à l’écoute et au rétablissement de la communication. La magistrate reconnaît que cela peut demander plus de temps au départ, avec l’espoir d’éviter des retours répétés devant le tribunal.

Un travail commun entre justice et accompagnement des familles

Le dispositif repose sur la coopération entre magistrats, avocats, médiateurs et professionnels de l’accompagnement psychosocial. Le Service cantonal de la jeunesse du Valais décrit notamment des rencontres mensuelles entre ces intervenants, destinées à rapprocher les pratiques et à soutenir la communication parentale.

Pour Marie-France Carlier, cette coordination permet d’orienter les familles vers les compétences dont elles ont besoin. Elle rappelle qu’au moment d’une séparation, même des parents habituellement capables de maîtriser leurs émotions peuvent être submergés. L’accompagnement doit les aider à reprendre leurs responsabilités à l’égard de l’enfant.

La juge insiste également sur l’accessibilité de cette aide. Dans l’entretien, elle salue les cinq heures et demie de médiation gratuite proposées en Valais, qui permettent aux parents d’engager la démarche sans supporter immédiatement ce coût.

Intervenir tôt sans précipiter toute la procédure

La rapidité occupe une place centrale dans son raisonnement. Marie-France Carlier distingue cependant deux temporalités : celle de la prise en charge de la famille et celle de la procédure judiciaire. Selon elle, laisser une situation sans cadre peut permettre au conflit de s’installer et à la rupture du lien avec un parent de se prolonger.

Elle évoque ainsi la possibilité, pour le juge, de prendre rapidement une décision provisoire pendant qu’une médiation, une expertise ou une enquête sociale suit son cours. L’enfant dispose alors de repères concrets dans son quotidien. Cette intervention précoce vise à éviter qu’une situation se dégrade durant l’attente d’une décision définitive.

Écouter l’enfant et comprendre ce qu’il exprime

Que faire lorsqu’un enfant affirme ne plus vouloir voir son père ou sa mère ? Marie-France Carlier invite les professionnels à écouter sa parole et à en rechercher le sens. Comment se déroulait la relation avant la séparation ? Que vit l’enfant dans la situation actuelle ?

Dans l’entretien, elle évoque notamment le cas d’un enfant qui cherche à protéger le parent qu’il voit souffrir et qui pourrait avoir le sentiment de lui faire du mal en aimant l’autre. Elle souligne que l’instrumentalisation peut être consciente ou non, et provenir du père comme de la mère. Sa recommandation est de comprendre la situation avant de décider.

L’évaluation du projet pilote valaisan rappelle toutefois que le dispositif n’est pas conçu pour traiter les violences conjugales ou envers les enfants, dont elle recommande de renforcer la détection.

En Valais, une extension annoncée pour 2027

Le projet a commencé à Monthey en janvier 2020, avant de s’étendre aux districts d’Entremont, de Martigny et de Saint-Maurice en janvier 2022, selon la présentation officielle du canton. Le Nouvelliste annonce une généralisation à l’ensemble du Valais au premier trimestre 2027.

Interrogée sur les résultats, Marie-France Carlier dit constater une diminution des situations d’exclusion parentale. Elle précise toutefois ne pas disposer de statistiques permettant d’évaluer précisément le modèle.

Publiée en 2024, cette évaluation du Service social international – Suisse porte sur 2022-2023. Elle relève des appréciations favorables sur la prise en charge rapide et la coopération professionnelle. Les avis des bénéficiaires sur l’amélioration de la communication parentale sont plus partagés ; les auteurs soulignent aussi des besoins de moyens et de suivi.

Une réflexion qui rejoint les missions de Cœur Bleu

La préservation du lien parental et la lutte contre l’utilisation des enfants dans les conflits d’adultes figurent parmi les missions de Cœur Bleu. L’expérience valaisanne offre, à ce titre, une matière concrète pour réfléchir aux réponses apportées aux familles séparées.

Le message de Marie-France Carlier engage autant les parents que les professionnels : intervenir suffisamment tôt, comprendre ce que traverse l’enfant et construire un accompagnement autour de ses besoins. Pour la magistrate, le consensus parental suppose d’abord cette évolution des pratiques, dont les outils doivent ensuite être adaptés au contexte local.

Sources et références

Sources consultées le 19 octobre 2026.

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